Tourbière du Longeyroux (19) _ Site des Cent PierresLégende des Cent Pierres
Le chasseur qui parcourt entre Celle et Chavanac l'étendue aujourd'hui aride du Longeyroux ne s'imagine pas que ce désert fut autrefois peuplé, mais qu'une malédiction puissante l'a rendu à jamais stérile et vide.
Autrefois, au fond de la vallée alors riche et parcourue de joyeux ruisseaux, un château dressait ses tours massives, entouré de vastes étables et de quelques sombres chaumines. Les serfs y consumaient péniblement leur vie, tremblant sous la domination d'un seigneur dur et orgueilleux, très généreux avec ses pairs pour qui il multipliait les réceptions et les plaisirs, impitoyable vis-à-vis des humbles.
Ce seigneur se montrait particulièrement fier de ses troupeaux qu'il faisait admirer aux visiteurs et dont il suivait le développement avec des attendrissements inattendus.
Un jour d'été, alors que de nombreux invités, groupés autour de lui au seuil du château, regardaient tour à tour le magnifique troupeau de vaches qu'une bergère conduisait au pâturage, et le ciel qui devenait menaçant, un vieillard s'avança vers eux et demanda le maître du logis.
" Que lui veux-tu ? interrogea rudement ce dernier.
- L'orage est proche, dit le vieux, et je n'ose continuer ma route. Je n'ai rien à manger et je souhaiterais un abri et quelques restes de votre repas.
- Tu peux les chercher ailleurs, répondit le maître en éclatant de rire.
Le seigneur du Longeyroux et ses hôtes n'ont rien à voir avec des mendiants de ton espèce.
Va-t-en, ou je lance tous mes chiens à tes trousses.
- Ce n 'est pas utile, je pars...
- Mais sache que les méchants comme toi sont toujours punis et qu'un jour plus proche que tu ne le crois peut-être, un châtiment bien mérité s'abattra sur toi. "
Il disparut parmi les quolibets des seigneurs et le rire de la bergère qui poussait son troupeau et qui, désireuse de plaire à son maître, se montrait, elle aussi, cruelle pour le vieillard.
Une heure après, un orage comme on n'en avait jamais vu se déchaîna. La nuit, coupée d'éclairs fulgurants, enveloppa le Longeyroux ; toute la nature tremblait. Qu'était devenu le malheureux vieillard ? Nul ne le sut jamais. Quand le calme succéda à la tempête, on ne vit dans le pâturage que des rochers ; la bergère et les cents vaches du cruel seigneur venaient d'être transformés en pierres, que l'on voit encore dispersées dans la solitude.
Plus de château, plus d'étables, plus de chaumières !
Tous les habitants épouvantés ont fui pour toujours un lieu sur lequel un mendiant, impitoyablement repoussé, lança autrefois sa malédiction.